
YouTube inspire les chaînes, l’intelligence artificielle fait revivre les morts, et la nostalgie revient en force. À Cannes, le Mipcom 2025 a dévoilé une télévision qui emprunte ses codes au web… et à nos émotions.
De YouTube au petit écran : la grande inversion
Longtemps, la télévision a inspiré le web. Aujourd’hui, c’est le contraire. Au Mipcom, le grand marché mondial des contenus audiovisuels, les producteurs ont célébré les formats venus de YouTube, devenus de véritables laboratoires de créativité.
Dans « Stop the Train » (Unfold Production), Squeezie, Inoxtag et consorts sont enfermés dans un train, avec des épreuves à chaque wagon. Budget : 700 000 euros, un record pour une production YouTube en France. Même esprit pour « Terminal », signé Michou, où des influenceurs doivent s’échapper d’un aéroport abandonné sous la surveillance de faux gardes armés.
Ces scénarios spectaculaires, calibrés pour le web, séduisent désormais les diffuseurs traditionnels. « Catch Us If You Can » (Talpa Studios) ou « Let’s Play Ball » (Banijay) s’en inspirent directement : des jeux d’action et de compétition qui mêlent gaming et télévision. « La créativité est plutôt du côté des créateurs de contenus. La télévision doit s’en inspirer pour ne pas paraître trop classique », reconnaît Stéphane Sitbon, directeur des programmes de France Télévisions.
L’IA s’invite dans l’intime
Mais la tendance la plus commentée du salon vient d’ailleurs. Dans « AI Love You » (Banijay Rights), diffusé au Danemark, des couples confrontés à la mort de l’un des conjoints utilisent l’intelligence artificielle pour créer un avatar numérique capable de continuer à interagir avec le survivant. Voix, habitudes, expressions : tout y passe.
Guidés par un psychologue, les participants prolongent le lien affectif au-delà du réel. Une expérience aussi troublante qu’émouvante, qui questionne la frontière entre mémoire et simulation. La télévision devient alors miroir de nos angoisses contemporaines : refuser la disparition, conjurer la solitude, brouiller la limite entre humain et machine.
Le retour des émotions simples
À côté de ces concepts high-tech, la nostalgie reste un carburant sûr. Les nouveaux formats jouent la carte du souvenir : chaises musicales infernales dans « That’s My Chair » (Mediawan Rights, prévu sur France TV), concours de tricot, bataille navale géante ou quiz volontairement absurdes comme « The Easiest Quiz Show in the World ».
Même les émissions de dating se mettent à l’heure rétro. Dans « Advent Calendar » (Sphere Media, Canada), une jeune femme ouvre chaque jour une case pour découvrir un prétendant avant Noël : mécanique naïve, mais redoutablement efficace.
Une télé sous influence
À Cannes, le constat est limpide : la télévision ne dicte plus le tempo, elle le suit. Les influenceurs ont pris le pouvoir créatif et imposent leurs codes : rythme rapide, narration immersive, connivence directe avec le public.
Entre avatars IA et fauteuils volants, la télé de demain emprunte au web son énergie, sa démesure et sa proximité. Elle cherche moins à rassembler qu’à captiver, moins à informer qu’à émouvoir.
En un mot : elle devient, elle aussi, un influenceur.