Novo19 : quand Ouest-France tente la télévision avec un budget de podcast.

À partir de septembre 2025, le groupe Ouest-France fera son entrée sur la TNT avec Novo19, une nouvelle chaîne généraliste censée incarner les valeurs du territoire, de la proximité et de la diversité. Annoncée comme un “projet éditorial ambitieux”, cette initiative suscite pourtant de nombreux doutes, aussi bien en interne qu’à l’extérieur du groupe.

Premier point d’achoppement : le budget. Avec 60 millions d’euros pour 1300 heures de programmes par an, l’ambition semble sérieusement en décalage avec les moyens. À titre de comparaison, selon le CNC, le coût horaire moyen d’une fiction télévisée standard en France a dépassé en 2023 le million d’euros . Novo19 prévoit de produire plus pour beaucoup moins. À moins de compter sur du contenu ultra low-cost ou massivement recyclé, l’équation budgétaire est difficilement tenable. Cela jette une ombre sur la qualité attendue de l’antenne dès son lancement.

Ces limites financières ne sont pas le seul facteur de tension. En interne, le projet grince. La maison Ouest-France est avant tout une institution de presse écrite, attachée à une culture du papier, de l’analyse, du terrain. L’univers télévisuel, ses codes, ses impératifs de production et de narration, lui sont largement étrangers. Pour de nombreux journalistes et cadres, cette incursion dans la télévision n’a rien d’une suite logique : elle relève plutôt d’un virage à 180 degrés, pris sans réelle concertation.

Ce malaise est d’autant plus compréhensible que la ligne éditoriale de Novo19 n’a, en réalité, rien à voir avec celle d’un média d’information. Ouest-France ne s’apprête pas à étendre son journalisme sur un nouveau support. Il lance une chaîne orientée vers le divertissement, la fiction, les magazines culturels — le tout conçu pour attirer les annonceurs et générer des revenus publicitaires. L’information, la vraie, celle qui fonde la légitimité du journal, ne sera qu’un élément périphérique, quand elle ne sera pas tout simplement absente.

Dit autrement, Novo19 est une opération commerciale habillée d’une ambition éditoriale. Cela ne constitue pas un scandale en soi, mais cela explique pourquoi l’enthousiasme est si mesuré en interne, et pourquoi l’ambition affichée s’accorde si mal avec les moyens alloués.

Reste une question en suspens : François Pinault, qui aime tant la Bretagne et ses institutions, finira-t-il par s’intégrer au projet ?

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