
Il fut un temps — pas si lointain — où l’Amérique se couchait avec Letterman, rigolait avec Leno, découvrait un président avec Jon Stewart ou s’émouvait devant un stand-up improvisé sur le plateau de Conan O’Brien. C’était l’âge d’or des late-night shows, ce moment où la télé américaine, chaque soir, rejouait un savant mélange de satire politique, de showbiz et de stand-up, enrobé dans un décor de skyline new-yorkais et rythmé par un house band funky.
Cet âge d’or, aujourd’hui, touche à sa fin. Et personne ne semble vraiment surpris.
La télévision linéaire, celle du rendez-vous quotidien, souffre. L’érosion est massive. Jimmy Fallon, Stephen Colbert, Jimmy Kimmel : tous les poids lourds voient leurs audiences s’effriter chaque année. Ce n’est pas qu’ils soient moins bons — certains continuent de livrer des séquences brillantes — c’est que leur public… n’est plus devant la télé à 23h30.
Les jeunes générations consomment leurs rires ailleurs. Sur TikTok, sur YouTube, en podcast. Ce qui se regarde en replay le matin sur smartphone vaut mieux qu’un monologue à minuit. La télévision a perdu le monopole du « late ».
Autrefois, passer sur un late show était un rite de passage. Aujourd’hui, même des stars confirmées préfèrent aller se confier dans un podcast intimiste ou lancer leur propre chaîne. Plus de contrôle, plus d’authenticité, moins de promo formatée.
Et dans un monde où la viralité est reine, un late show ne rivalise plus avec un TikTok de 15 secondes bien senti. Les blagues ciselées et les interviews huilées paraissent parfois poussiéreuses à côté d’un Reels un peu absurde mais furieusement dans l’instant.
Face à ce bouleversement, les chaînes traditionnelles tentent des expériences :
- réorganiser les grilles horaires,
- réduire les durées,
- miser sur le web d’abord,
- tester des animateurs plus jeunes, plus numériques.
Mais la question demeure : peut-on sauver un genre né pour le linéaire dans un monde devenu asynchrone ?
Pendant ce temps, Netflix teste ses propres formats (The Netflix Afterparty, My Next Guest de Letterman) ; YouTube et les podcasts cannibalisent l’attention disponible ; et les réseaux sociaux créent leurs propres vedettes comiques.
Le late show classique, avec son bureau, son canapé et son orchestre, s’éteint doucement. Il n’a pas démérité. Il a accompagné des décennies de culture populaire, de chutes de présidents, de lancements d’albums et de punchlines devenues cultes.
Mais comme les soap operas, les journaux du soir ou les disques vinyles, il entre dans le grand musée des formats qui ont marqué leur époque.
La comédie, elle, se porte bien. Mais elle a changé d’écran. Et d’heure.