L’affaire Cohen & Legrand.

Hier, 15 septembre 2025, le journal Le Monde nous a fait savoir que les deux vedettes du journalisme, MM. Cohen et Legrand, après avoir été surpris à déjeuner avec des socialistes et que, le forfait révélé par un média d’extrême droite, réclamaient, non sans solennité, les rushs de la vidéo. J’ai songé aussitôt à ces chasseurs qui, ayant traqué toute leur vie le gibier, se trouvaient soudain dans la position du lapin et protestaient de la sauvagerie de la battue.

Que des journalistes se retrouvent avec des politiciens à table n’a rien de scandaleux. Ce qui l’est davantage, c’est qu’ils s’indignent d’avoir été surpris dans une activité que tout le monde devine, et qu’ils prennent des airs de martyrs d’une conjuration. L’on ne peut pas passer ses journées à ausculter la vie des autres et se draper dans la pudeur virginale lorsqu’on vous surprend dans la vôtre.

La présidente de Radio France dénonce une « campagne de déstabilisation ». Ce mot seul m’amuse. Il faut croire que le moindre potage renversé dans un restaurant relève pour Sibyle Veil de la géopolitique internationale. Jadis, il fallait un complot ourdi par le KGB ou par la CIA. Aujourd’hui, c’est Bolloré. Demain ce sera qui ?

La vérité est plus simple : on s’offusque pour une broutille. La presse française, au lieu de se borner à informer, adore jouer à la tragédie antique. On sort l’huissier comme autrefois on appelait la garde nationale. On s’enveloppe de grands mots pour dissimuler une petite gêne.

Au fond, cette histoire ne prouve qu’une chose : nous sommes un pays malade de ses journalistes. Ils croient toujours incarner l’Histoire, alors qu’ils n’en sont que les chroniqueurs bavards. Le public, lui, regarde tout cela avec un sourire : il sait que, si l’on fouillait les carnets d’adresses et les agendas de nos commentateurs indignés, on y trouverait cent déjeuners semblables, cent connivences pareilles.

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