Jeu vidéo : et si on réécrivait la carte des grands médias ?

image iA — Grok

Il est des traditions qu’on ne questionne jamais. Par exemple, celle qui sacre six grands médias historiques : télévision, radio, presse, affichage, cinéma, digital. Une belle brochette, digne d’un manuel de communication d’avant 2008. Mais comme toutes les listes figées, celle-ci a ses angles morts. Et un grand oublié, massif, bruyant, culturellement incontournable : le jeu vidéo.

En 2024, ce colosse a trébuché. Baisse de 5,8 % du marché français, un coup de froid sur les ventes de consoles, une année chiche en blockbusters… Et pourtant, même en récession, le jeu vidéo pèse encore 5,67 milliards d’euros. Soit plus que la presse, la radio et le cinéma réunis. C’est dire si le “trou d’air” ressemble plutôt à un gros rhume de champion olympique.

Mais voilà, le cinéma est toujours dans la liste des grands médias. Le jeu vidéo, lui, reste cantonné aux annexes, aux analyses sociologiques sur “la jeunesse et ses écrans”. Comme s’il s’agissait d’un phénomène de mode et non d’un changement de paradigme. Il est peut-être temps de se poser la vraie question : qu’a encore à faire le cinéma dans ce panthéon médiatique ? Pas en tant qu’art, bien sûr. Mais en tant que média de masse. Publicitaire. Culturel. Économique.

Car pendant que les salles peinent à remplir leurs fauteuils en velours, les plateformes de jeu, elles, accueillent chaque jour des millions de joueurs. Des joueurs qui interagissent, qui paient, qui créent, qui diffusent. Des communautés entières se fédèrent autour d’univers narratifs bien plus vivants que n’importe quel blockbuster. Le cinéma raconte des histoires. Le jeu vidéo, lui, les fait vivre.

Et si l’on parle stratégie média : qui, aujourd’hui, oserait comparer l’impact d’une publicité au cinéma avec celui d’un placement dans un jeu mondialement distribué ? Quel autre média combine à ce point attention soutenue, engagement actif et données comportementales en temps réel ? Le digital se nourrit du jeu vidéo, le social en dépend, et même le cinéma l’envie — il suffit de voir la mise en scène de certaines superproductions qui singent désormais l’esthétique du gameplay.

Alors oui, 2024 a été un rappel à l’ordre pour l’industrie. Une respiration après une année 2023 exceptionnelle. Mais dans ce recul momentané, une constante demeure : le jeu vidéo n’est plus un loisir à part, c’est un média de premier plan. Et s’il faut en sacrifier un pour lui faire de la place dans la grande famille des médias, il y a un siège rouge en salle obscure qui commence sérieusement à grincer.

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