
Le Festival de Cannes est désormais bien plus qu’une vitrine du cinéma mondial : c’est devenu une scène de débats politiques, technologiques et sociaux. L’édition 2025 l’a confirmé avec une série d’interventions et de prises de position sur des enjeux majeurs.
Le Centre national du cinéma (CNC) a présenté un renforcement des mesures de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du 7e art. Ce dispositif s’appuie sur un rapport parlementaire récent qui qualifie ces violences de fléau systémique. Le cinéma, longtemps resté muet sur ses propres travers, commence à se regarder dans la glace sans se maquiller.
Dans le même temps, les syndicats de la culture ont dénoncé de fortes coupes budgétaires. Le ministère de la Culture a vu ses crédits de réserve passer de 174 à 60 millions d’euros, affectant autant le spectacle vivant que l’audiovisuel public. Une situation qu’on pourrait résumer ainsi : l’État serre la ceinture du secteur culturel pendant que ce dernier n’a plus de pantalon.
Sur le front technologique, l’intelligence artificielle est apparue comme un sujet sensible. Si Thierry Frémaux, délégué général du Festival, a minimisé les menaces immédiates, plusieurs événements organisés sur la Croisette ont mis en lumière les usages croissants de l’IA dans la création audiovisuelle. L’AI for Talent Summit et le World AI Film Festival à Nice ont montré que les outils automatisés ne sont plus en embuscade, mais bien installés dans le salon.
Enfin, la ministre de la Culture Rachida Dati a profité de sa présence à Cannes pour défendre l’exception culturelle française et européenne. Elle a plaidé pour la protection de la directive SMA, qui oblige des plateformes comme Netflix à investir dans des œuvres locales. Elle a également insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée entre producteurs européens afin de mieux diffuser ces contenus.
Cannes 2025, loin de se cantonner à la célébration des œuvres, s’est donc imposé comme un lieu où le cinéma dialogue avec son époque, à la fois tribune artistique et agora politique.