
Le mot climax désigne ce point de bascule où tout peut s’effondrer — ou renaître. C’est précisément là que nous place Romain Mouton, président du Cercle de Giverny, dans son nouvel essai Climax. Croissance ou planète : pourquoi choisir ? publié aux éditions Hermann le 8 octobre 2025.
Dix ans après les promesses de l’Accord de Paris, l’auteur tire la sonnette d’alarme : les entreprises et les décideurs ont transformé la transition écologique en langage technocratique. Et si l’on remettait du souffle, de la stratégie, et surtout du désir dans l’écologie ?
Romain Mouton, l’homme du carrefour entre stratégie et écologie
Ancien conseiller de dirigeants, expert en communication politique et président du Cercle de Giverny, Romain Mouton incarne cette génération de stratèges convaincus que la durabilité doit sortir du registre moral pour devenir un moteur d’innovation.
Dans Climax, il ne propose pas un manuel de plus sur la “bonne” RSE. Il livre un manifeste de rupture. Un texte court (108 pages), incisif, qui appelle à une révolution culturelle plus qu’à une réforme administrative.
“Climax, c’est l’instant où tout peut dérailler, ou bien basculer positivement.”
L’auteur place ce moment au cœur du débat : après dix ans d’inaction politique et de promesses creuses, nous voilà face à un choix existentiel.
La RSE : un modèle à bout de souffle
Dès les premières pages, Romain Mouton règle ses comptes avec la RSE traditionnelle, qu’il qualifie de “fatiguée”.
Son diagnostic est sévère, mais argumenté :
- Trop technique : la RSE s’est enfermée dans le jargon des directives européennes, notamment la CSRD, illisible pour le grand public.
- Trop culpabilisante : une écologie “punitive” qui génère anxiété et rejet plutôt que mobilisation.
- Trop cosmétique : entre greenwashing et storytelling corporate, elle masque souvent l’immobilisme réel.
- Trop militante : confondant parfois conviction et idéologie, elle s’expose à des contre-attaques violentes (comme le mouvement anti-woke aux États-Unis).
À travers ces exemples, l’auteur dénonce une RSE déconnectée du business réel, prisonnière de ses reportings et de ses certifications. Et il résume en une phrase :
“La RSE a voulu moraliser l’économie, elle l’a surtout bureaucratisée.”
Pour une écologie stratégique
Face à cet échec, une alternative existe : l’écologie stratégique. L’idée est simple, mais radicale : la durabilité n’est plus une option morale, mais une condition de survie économique.
Dans un monde où les ressources se raréfient, où les tensions énergétiques explosent et où la société exige des preuves, les entreprises n’ont plus le choix : la transition devient une stratégie vitale.
Cette approche repose sur trois principes, qu’il résume ainsi :
- Soutenabilité – penser le long terme comme critère de performance.
- Souveraineté – relocaliser les chaînes de valeur et réduire les dépendances.
- Sécurité – anticiper les chocs environnementaux comme des risques d’entreprise.
Le message est clair : les entreprises ne sauveront pas la planète par altruisme, mais pour continuer à exister.
Réconcilier économie et planète
Romain Mouton renverse la perspective : l’économie n’est pas l’ennemie de l’écologie, mais son outil le plus efficace — à condition d’en changer les règles.
L’auteur appelle à réconcilier business et biosphère, à réinventer une croissance qui produise de la valeur sans épuiser le vivant. Il ne s’agit plus de “ralentir”, mais d’accélérer autrement. Ce glissement sémantique est central : il ne faut pas “freiner la croissance”, mais faire croître ce qui régénère — technologies propres, production locale, innovations circulaires, formation aux métiers verts.
Climax réaffirme ainsi une idée stratégique : le durable n’est pas un frein, mais un levier de compétitivité.
La guerre culturelle de l’écologie
Pour Mouton, la transition échouera tant qu’elle restera une affaire de chiffres et de normes. Il faut désormais changer le récit.
“Les récits apocalyptiques ne fonctionnent plus. Il faut rendre l’écologie désirable.”
Il prône donc une guerre culturelle – non pas contre quelqu’un, mais pour quelque chose : une bataille du sens. Faire de l’écologie un horizon enthousiasmant, non une punition. Créer un imaginaire collectif qui parle à l’émotion, à la fierté, à la créativité.
Dans cette perspective, l’auteur appelle les communicants, les artistes et les entreprises à produire de nouveaux symboles : des récits où l’écologie rime avec puissance, innovation et souveraineté.
RSE et “fatigue de la durabilité” : les limites du système actuel
L’auteur n’idéalise rien. Il reconnaît la lassitude des acteurs économiques. En Europe, la multiplication des normes a provoqué une “fatigue de la durabilité”. Aux États-Unis, les entreprises engagées font face à des campagnes anti-ESG agressives.
Résultat : certaines organisations préfèrent se taire, ou réduire leurs ambitions. Pour lui, ce serait une erreur majeure. La vraie menace n’est pas la critique, mais l’inaction. Dans une citation marquante, il écrit :
“Les organisations qui ignorent le changement climatique préparent leur propre obsolescence.”
Autrement dit : reculer, c’est disparaître.
La COP30 : le rendez-vous du Climax
Romain Mouton situe la publication de son livre dans un moment symbolique : la COP30 à Belém, au Brésil, aux portes de l’Amazonie. Ce “poumon vert” du monde menacé incarne parfaitement le point de tension global qu’il décrit.
Les décideurs réunis là-bas devront, selon lui, choisir entre deux voies : continuer à commenter le déclin, ou inventer une écologie stratégique et mobilisatrice.
Climax : un essai bref, un appel durable
En à peine une centaine de pages, Romain Mouton réussit ce que beaucoup d’ouvrages plus volumineux échouent à faire : rendre la complexité lisible et désirable. Il ne tombe jamais dans le catastrophisme, ni dans la naïveté.
Il propose un cap : une écologie stratégique, ancrée dans la réalité économique, portée par un récit collectif et une communication mobilisatrice. Climax agit comme un électrochoc : une invitation à dépasser les bilans RSE pour entrer dans l’ère du changement culturel.
Après Climax, repenser la RSE
Il ne s’agit donc pas d’abolir la RSE, mais de la réenchanter.
La responsabilité ne doit plus être un fardeau administratif, mais une stratégie vivante. C’est en intégrant la durabilité au cœur du modèle économique, et non à sa périphérie, que les entreprises deviendront réellement actrices du changement.
La RSE du futur ne sera pas un rapport annuel, mais un récit collectif, une aventure partagée entre économie, société et culture. Et c’est sans doute cela, le vrai climax : le moment où l’écologie cesse d’être une contrainte pour devenir une puissance d’action.
À retenir :
- La RSE classique est épuisée.
- L’écologie doit devenir stratégique, pas punitive.
- Le récit doit précéder la norme.
- L’entreprise n’est plus l’ennemie du vivant, mais son alliée.
- L’urgence, c’est maintenant.