
Réalisée en avril 2025 et publiée le 9 septembre, l’étude IFOP–Hexagone sur l’information politique des Français montre une génération jeune profondément transformée par les réseaux sociaux mais encore très présente devant les médias traditionnels. Un paradoxe apparent qui trouve des explications sociales et culturelles.
Une génération façonnée par TikTok
Premier constat : TikTok est désormais le premier réseau social pour l’information politique. Il est jugé « déterminant » par 18 % des Français, mais cette proportion grimpe à 26 % chez les moins de 35 ans. La plateforme chinoise, avec ses vidéos courtes et virales, capte l’attention d’un public jeune, urbain, souvent issu des banlieues populaires ou de l’immigration. Ce succès s’explique par la proximité des codes visuels de TikTok avec ceux de la jeunesse : immédiateté, incarnation, humour, parfois complotisme — un mélange qui répond mieux à leurs habitudes de consommation culturelle que les formats longs et normés de la télévision.
Les JT toujours regardés : une cohabitation, pas une substitution
Pourtant, l’étude met en garde contre une caricature : les jeunes ne se détournent pas massivement des médias traditionnels. Plus d’un utilisateur de TikTok sur deux continue de regarder les journaux télévisés de France Télévisions ou de TF1. Autrement dit, les pratiques ne s’excluent pas, elles s’additionnent. Pourquoi ? Une première explication tient à la situation résidentielle : une partie importante des moins de 30 ans vit encore chez ses parents, où le rituel du journal télé reste présent dans le foyer. Ce « bruit de fond » médiatique s’impose, même sans adhésion volontaire. Autre facteur : dans les moments de crise (élections, guerres, attentats), les jeunes recherchent la fiabilité et l’autorité symbolique des JT, perçus comme plus crédibles que les flux des réseaux sociaux.
Une polarisation accrue par les réseaux
Si les jeunes combinent les sources, le contenu qu’ils reçoivent n’est pas homogène. Les réseaux sociaux attirent les électorats les plus polarisés : le RN et LFI y sont surreprésentés. Les chaînes d’info reflètent elles aussi cette segmentation : CNews est plébiscitée par un public plus marqué à droite, BFM TV demeure plus transpartisane. Cette fragmentation entraîne une multiplication de « bulles » médiatiques où chacun retrouve ses convictions plutôt que de les confronter à d’autres. Pour les jeunes, cela peut créer un sentiment de politisation accélérée, mais dans un univers clos, éloigné de la culture du débat contradictoire portée (normalement) par les grandes chaînes.
Des pratiques héritées et hybrides
Un autre enseignement de l’étude est que les jeunes jugent « utiles » presque tous les canaux : des débats télévisés aux tracts électoraux, en passant par les discussions avec leurs proches. Cela traduit une appétence, pas un désintérêt. Cette polyvalence peut s’expliquer par l’héritage familial (les parents transmettent leurs habitudes médiatiques) et par l’hybridation des usages : un jeune peut lire une dépêche sur X, voir un extrait sur TikTok, puis en discuter à table en famille après avoir entendu le même sujet au JT. La diversité des canaux devient une force, mais aussi une source de confusion quand les récits divergent.
Un défi pour la démocratie
En définitive, la jeunesse française ne se détourne pas de l’information politique, elle la recompose. Les réseaux sociaux apportent la rapidité, l’immersion et l’identification ; les médias traditionnels conservent la légitimité et l’autorité. Mais ce double ancrage révèle une génération à la fois surexposée et fragmentée, où les trajectoires sociales (vivre chez ses parents, résider en banlieue, appartenance religieuse) influencent directement les canaux choisis. Pour les responsables politiques comme pour les journalistes, l’enjeu est clair : parvenir à parler à cette jeunesse sans se contenter d’un canal unique, mais en naviguant à son tour entre TikTok, YouTube, le 20 heures et les conversations familiales.
L’étude Hexagone, en croisant âge, origine sociale et pratiques médiatiques, rappelle une évidence : informer les jeunes, c’est comprendre leur pluralité. Et accepter qu’à l’ère numérique, l’écran de télévision du salon et le flux infini de TikTok ne sont plus opposés mais coexistent dans la même bulle générationnelle.
Repères chiffrés : l’information politique des jeunes selon l’étude IFOP–Hexagone
- 26 % des moins de 35 ans considèrent TikTok comme une source d’information politique déterminante (contre 18 % pour l’ensemble des Français).
- 58 % des usagers de TikTok regardent aussi les JT de France Télévisions ou TF1 : réseaux sociaux et médias traditionnels se cumulent.
- 35 % des musulmans déclarent que TikTok joue un rôle central dans leur information politique, contre 16 % seulement des catholiques non pratiquants.
- Les électeurs potentiels du RN et de LFI sont les plus nombreux à s’informer via les réseaux sociaux, révélant une polarisation accrue.
- Plus d’un jeune sur deux juge « utile » la plupart des canaux d’information (JT, débats, discussions familiales, tracts) pour se forger une opinion lors des élections.