AppLovin, la fusée de Wall Street.

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Qui aurait parié, il y a encore deux ans, qu’une société adtech deviendrait l’un des poids lourds de Wall Street ? AppLovin, longtemps perçue comme une curiosité, tutoie désormais les sommets boursiers avec plus de 200 milliards de dollars de capitalisation. Le contexte est révélateur : dans un marché publicitaire dominé par Google et Meta, une « outsider » américaine réussit à s’imposer grâce à un modèle hybride, mêlant régie publicitaire et création de jeux mobiles. Cette double casquette lui a permis d’accumuler des données comportementales qu’elle alimente dans son moteur d’IA, Axon, transformant les clics et les parties de jeux en or numérique.

Mais l’ascension n’est pas sans turbulences. Plusieurs fonds spécialisés dans la vente à découvert accusent l’entreprise de pratiques litigieuses, rappelant que la croissance, aussi spectaculaire soit-elle, ne dispense pas de transparence. Les critiques portent sur la manière dont AppLovin alimente son moteur d’IA publicitaire, en exploitant massivement les données issues de ses propres jeux mobiles, puis en les revendant sous forme de ciblage ultra-précis. Cette intégration verticale, jugée opaque, soulève des doutes : où finit l’optimisation technologique et où commence la manipulation des flux financiers ou publicitaires ? Si le PDG a commandé une enquête indépendante pour se défendre, ces accusations rappellent que, dans l’adtech, l’innovation avance souvent plus vite que la clarté juridique. Wall Street, pour l’instant, lui accorde sa confiance : 80 % des analystes recommandent d’acheter. Pourtant, la valorisation, équivalente à cinquante fois les bénéfices attendus, illustre le décalage entre la sphère financière et l’économie réelle.

Vu d’Europe, cette trajectoire pose une question cruciale : peut-on laisser des acteurs bâtir leur puissance sur l’opacité algorithmique et l’accumulation de données sans contrepoids réglementaire ? Le Digital Markets Act et le Digital Services Act ont précisément été conçus pour éviter que l’innovation ne devienne captation. Si AppLovin incarne le rêve américain d’une fusée lancée vers la stratosphère, la prudence européenne rappelle qu’une fusée mal contrôlée peut finir en débris.

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