
À partir d’un article dans Les Echos de Marie Delumeau publié le 2 avril 2025 sur les nouvelles interviews politiques.
On avait déjà repéré la montée en puissance de la pipolisation des campagnes locales dans un précédent billet — “Com’ politique et créativité” — où l’on détaillait comment le selfie, la crêpe à la fête foraine et le toutou bien cadré devenaient les nouveaux totems de l’adhésion électorale. Désormais, c’est l’étape d’après qui s’installe tranquillement : celle où la politique s’allonge sur le canapé blanc de la télé-réalité.
Sam Zirah, ex-chroniqueur spécialisé dans les candidats de Secret Story, interroge aujourd’hui les députés de La France Insoumise ou du RN, jusqu’à Sandrine Rousseau comprise, sur leur coupe de cheveux. Magali Berdah, quant à elle, ex-impératrice des influenceurs et cible préférée de Booba, déambule désormais dans les couloirs de l’Assemblée nationale avec micro et ambitions de neutralité.
Bienvenue dans la politique à la verticale inversée : ce ne sont plus les politiques qui descendent dans la rue pour rencontrer le peuple, ce sont les codes du divertissement qui s’invitent dans la République.
De l’entretien politique à l’interview cosmétique
Ce glissement n’est pas sans précédent : d’Anne Sinclair à Karine Le Marchand, les politiques ont souvent été tentés par une mise à nu scénarisée. Mais ici, c’est un autre niveau de dilution. Il ne s’agit plus de montrer l’humain derrière la fonction, mais de mouler la fonction dans les formes de l’influence.
Fini le fond avec un programme : place au fond de teint. On ne demande plus “quelles sont vos idées sur la transition énergétique ?”, mais “qu’est-ce que vos cheveux disent de votre féminisme ?”. L’entretien politique se transforme en contenu compatible TikTok, avec punchline de 12 secondes et story monétisable.
Les plateformes, elles, s’en frottent les mains. Audience garantie, commentaires à gogo. Et les politiques ? Ils y voient l’opportunité de “toucher une autre cible”. Traduction : montrer leur tête à des électeurs qui ne regardent ni les débats, ni les JT, mais savent parfaitement qui a clashé qui chez Sam Zirah.
La politique sans politique
Pascal Lardellier parle de “déritualisation de la parole politique”. Arnaud Mercier, de “partage de notoriété”. On pourrait ajouter : dissolution du discours. Car à force de confondre proximité et simplification, on en vient à confondre émission et mission.
Ce que racontent ces nouvelles interviews, c’est que la politique ne s’adresse plus : elle se montre. Elle fait son contenu, comme n’importe quel influenceur en quête d’engagement. Et c’est là que le lien avec notre billet sur la com’ municipale devient évident : tout est dans la forme. L’émotion d’abord. Le fond ? Plus tard. Peut-être. S’il reste du temps entre deux reels sur Insta.