Nvidia et la French Tech : investissement ou colonisation ?

Le groupe de Jensen Huang, qui a présenté ses dernières nouveautés mardi 18 mars, lors de sa conférence annuelle, est au capital de la plupart des champions du secteur, comme OpenAI et xAI. Il prospecte même jusqu’en France avec Mistral et Poolside.

On nous l’a encore une fois bien vendue, la belle histoire. Jensen Huang, le patron de Nvidia, débarque en France, investit dans Mistral AI et Poolside, et on applaudit bien fort. Les start-up françaises de l’IA attirent l’attention d’un géant américain, c’est donc que nous sommes brillants ! Cocorico ! Champagne, tour Eiffel illuminée, Marseillaise !

Mais derrière ce récit digne d’un communiqué de presse, il y a une réalité un peu moins glamour. Nvidia ne mise pas sur nos pépites par pure philanthropie. Il ne débarque pas avec sa mallette pleine de dollars en lançant un « Allez les petits ! » attendri. Non, ce qu’il veut, c’est verrouiller le marché, et les jeunes pousses françaises, elles, risquent de finir en bonsaïs dans son immense serre.

Mistral AI et Poolside : des proies de luxe

Mistral AI est LA start-up qui fait rêver tout l’écosystème tech français. Valorisation à plus de six milliards d’euros, présence au sommet de l’IA à Paris… un parcours digne d’un blockbuster. Poolside, de son côté, lève des centaines de millions et joue dans la cour des grands. Le groupe de Jensen Huang est également présent au capital de Hugging Face, une société créée par des frenchies à New York. Mais maintenant qu’elles ont Nvidia au capital, une question se pose : sont-elles encore totalement maîtresses de leur destin ?

Car on le sait : Nvidia n’investit jamais sans arrière-pensées. Il ne se contente pas d’être un actionnaire passif qui regarde ses poulains galoper librement. Non, il préfère s’assurer que tout ce petit monde tourne sur ses puces, dépend de son infrastructure et, à terme, devient un rouage de son empire. L’objectif est limpide : enfermer les innovations les plus prometteuses dans son propre écosystème, histoire de s’assurer que personne n’aille voir ailleurs. Un « partenaire stratégique » qui tient plus du chef de meute que du mécène bienveillant.

La French Tech, future colonie de Nvidia ?

On nous parle d’un « rayonnement français dans l’IA ». Mais que restera-t-il de cette fameuse indépendance si, demain, toutes nos meilleures start-ups sont pieds et poings liés aux intérêts d’un géant californien ? À force de voir des Google, Meta, Amazon et maintenant Nvidia rafler nos talents et nos technologies, la France n’est-elle pas en train de devenir une simple succursale de la Silicon Valley ?

Le pire, c’est qu’on applaudit ! On se réjouit de voir ces levées de fonds record sans jamais se demander ce qu’il adviendra des entreprises une fois que les Américains auront fini de jouer avec. Parce qu’on connaît la fin du film : après avoir profité des talents et des idées, Nvidia aura la main sur la technologie, et la France, elle, regardera ses ex-fleurons briller… sous un drapeau étranger.

De l’investissement au contrôle : une vieille recette

Cette stratégie d’investissement prédateur n’a rien de nouveau. Nvidia l’a appliquée aux États-Unis avec OpenAI, xAI ou Cohere. Le schéma est toujours le même : on entre au capital, on soutient la croissance, on impose progressivement ses conditions… et on devient indispensable. C’est du capitalisme version jeu d’échecs, où l’adversaire ne réalise qu’il a perdu que lorsqu’il est déjà en échec et mat.

En attendant, la French Tech se réjouit. Elle célèbre ces investissements comme des victoires sans voir qu’elle est peut-être en train de se faire avaler toute crue. Et dans quelques années, quand nos start-ups tourneront exclusivement sur du matériel Nvidia et que leurs innovations seront intégrées à l’empire californien, on se demandera comment on en est arrivés là.

La réponse sera simple : on aura confondu un rachat progressif avec une success story.

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