Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, l’éternel recommencement législatif

Le 27 janvier 2026, une étape historique a été franchie : les députés français ont voté, en première lecture, l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Si cette mesure semble radicale, elle s’inscrit dans une longue tradition de régulation des médias face à la jeunesse. Entre protection de la santé mentale et enjeux technologiques des médias, décryptage d’une ambition politique validée par Bruxelles.


La France, pionnière de la « majorité numérique »

Le gouvernement français, soutenu par Emmanuel Macron, souhaite instaurer une majorité numérique fixée à 15 ans pour protéger la santé des adolescents. Cette initiative a reçu le feu vert de la Commission européenne le mardi 28 janvier 2026. Thomas Regnier, porte-parole de l’exécutif européen, a confirmé que les États membres ont le droit de légiférer pour leurs citoyens, tout en précisant que Bruxelles supervisera l’application de ces règles par les grandes plateformes.

Le calendrier est déjà serré :

  • Rentrée 2026 : Interdiction appliquée pour les nouveaux comptes.
  • 1er janvier 2027 : Vérification d’âge obligatoire pour tous les comptes existants.

Un air de déjà-vu : du cinématographe aux algorithmes

En tant qu’observateurs des médias, il est fascinant de constater que cette « tentation de réguler » n’est pas nouvelle. En 1923, la presse s’inquiétait déjà des effets du cinéma, jugé trop addictif ou immoral pour les mineurs. À l’époque, des journaux comme L’Univers ou L’Humanité demandaient l’interdiction pure et simple des salles obscures aux enfants, craignant une perte de repères moraux ou une incitation à la délinquance.

Si hier on craignait la « boîte noire » des salles de projection, aujourd’hui ce sont les algorithmes et l’économie de l’attention qui sont dans le viseur. Dans les deux cas, l’État intervient pour pallier les manques d’un modèle économique qui, selon certains, ne peut se réguler seul sans risquer la faillite.

Les défis de l’Adtech et de la vérification d’âge

La réussite de cette loi repose sur un pilier technique : le dispositif de vérification d’âge. Plusieurs pays européens testent actuellement une application dédiée, dont l’expérimentation doit s’achever fin 2026. Pour les professionnels des médias, cela soulève des questions majeures sur la collecte de données et le ciblage des mineurs.

Cependant, l’histoire nous enseigne que l’interdiction n’est pas l’unique voie. En 1951, certains préféraient déjà « édifier un cinéma pour enfants » plutôt que d’accumuler les barrières. Cette logique a mené à la classification par âge en 1975, structurant durablement l’industrie.


Si la France se veut pionnière, elle doit transformer cette contrainte législative en opportunité pour l’innovation numérique éthique. La régulation ne doit pas seulement être un mur, mais un levier pour créer des espaces numériques adaptés.

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