
Le marché français des technologies, médias et télécommunications entre dans une phase de recomposition accélérée. Selon les dernières prévisions de Deloitte, l’année 2026 marquera un tournant stratégique pour l’ensemble de l’écosystème, sous l’effet combiné de l’intelligence artificielle, de la mutation des formats de contenus et de la montée des enjeux de souveraineté numérique. Ces transformations ne concernent plus seulement les acteurs technologiques, mais impactent directement les modèles économiques des médias, la publicité et les stratégies de diffusion.
Premier signal fort : le rapprochement inédit entre les médias historiques et les grandes plateformes de streaming. En France, les diffuseurs publics et privés multiplient les alliances avec des acteurs comme Netflix ou Prime Video. L’objectif est clair : retrouver de la visibilité, capter de nouveaux usages et prolonger la durée de vie des contenus. Ces partenariats ouvrent la voie à une explosion des volumes de programmes disponibles et à une hausse massive des heures de visionnage. Mais Deloitte alerte sur un risque stratégique majeur : une dépendance croissante aux plateformes pourrait fragiliser l’identité éditoriale des chaînes et, pour le service public, brouiller la mission d’intérêt général.
Deuxième mutation structurante : l’essor spectaculaire du podcast vidéo. Longtemps cantonné à l’audio, le podcast bascule désormais vers des formats hybrides, où l’image devient centrale. YouTube s’impose comme une plateforme clé du podcasting vidéo, tandis que Spotify généralise la vidéo sur ses contenus les plus populaires. Cette évolution n’est pas anecdotique du point de vue publicitaire. Les vodcasts génèrent davantage d’attention, des durées de consommation plus longues et offrent aux marques des opportunités de formats sponsorisés plus immersifs. À l’échelle mondiale, les revenus publicitaires liés aux podcasts devraient atteindre plusieurs milliards de dollars dès 2026, confirmant leur intégration durable dans les stratégies media.
Troisième tendance observée : la montée en puissance de l’internet satellitaire, notamment via les technologies direct-to-device. Si les investissements en infrastructures explosent et que le nombre de satellites en orbite basse se multiplie, la question de la rentabilité reste entière. Deloitte souligne un paradoxe : les consommateurs ne valorisent plus uniquement la performance technique, mais attendent des services enrichis, des avantages exclusifs et des expériences différenciantes. Pour les opérateurs, la bataille ne se jouera donc pas seulement sur la connectivité, mais sur la valeur perçue.
L’intelligence artificielle constitue évidemment le cœur des transformations à venir. Deloitte met en avant l’émergence rapide de l’IA dite « agentique », capable d’observer, d’analyser et d’agir de manière autonome. Ces agents intelligents, appelés à fonctionner en systèmes coordonnés, ouvrent des perspectives considérables pour l’automatisation des processus, la création de contenus, l’achat média ou encore la relation client. Leur déploiement pose toutefois des enjeux cruciaux de gouvernance, de sécurité et de contrôle, qui conditionneront leur adoption à grande échelle.
Enfin, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un axe stratégique majeur pour l’Europe. Face à la domination américaine et chinoise, l’Union européenne affiche des ambitions claires : investir massivement dans les infrastructures de calcul, les centres de données dédiés à l’IA, les semi-conducteurs et les réseaux satellitaires. L’objectif est double : sécuriser les chaînes de valeur technologiques et permettre aux acteurs européens de reprendre la main sur leurs données, leurs outils et leurs modèles économiques.
À travers ces cinq tendances, Deloitte dessine les contours d’un écosystème médiatique profondément transformé, où l’IA, la vidéo et les plateformes redéfinissent les rapports de force. Pour les professionnels de la communication, de la publicité et des médias, comprendre ces dynamiques n’est plus une option, mais une condition essentielle pour anticiper les usages, repenser les stratégies et rester compétitifs dans un paysage en mutation permanente.